Vivre dans l'ombre : être LGBT au Togo , une réalité silencieuse
- kpadenougide
- 7 janv.
- 3 min de lecture

Au Togo, parler d’homosexualité reste difficile. Souvent tabou. Parfois dangereux.
Dans l’espace public, le sujet est presque absent. Pourtant, derrière cette discrétion imposée, des milliers de personnes vivent une réalité marquée par la peur, le silence et l’invisibilité.
Alors que les droits humains occupent une place croissante dans les débats internationaux, la situation des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT) au Togo reste peu connue, rarement racontée, et encore moins débattue ouvertement.
Une loi qui enferme dans le silence
Au Togo, les relations sexuelles entre personnes de même sexe sont pénalement réprimées.
Cette criminalisation ne se limite pas à un texte juridique : elle influence profondément la vie quotidienne des personnes concernées.
En octobre 2021, devant le Comité des droits de l’Homme des Nations unies, le ministre togolais chargé des Droits de l’Homme, Christian Trimua, a été clair :
« Le Togo n’envisage pas d’abroger les dispositions pénales relatives à l’homosexualité, car cette orientation sexuelle ne correspond pas aux valeurs sociales de notre pays. »
Une position officielle qui ferme la porte à toute reconnaissance légale et entretient un climat de peur durable.
Vivre caché, même chez soi
Pour beaucoup de personnes LGBT au Togo, la première règle est simple : se taire.
Dans les familles, révéler son orientation sexuelle peut entraîner rejet, violences ou rupture définitive. Certains jeunes préfèrent mener une double vie, par crainte de perdre le soutien familial.
Dans le monde du travail, le silence est également de mise. Être identifié comme LGBT peut coûter un emploi, bloquer une carrière ou exposer à des humiliations. Les discriminations existent, mais elles sont rarement dénoncées.
Les témoignages, recueillis de manière anonyme, évoquent une même réalité : peur permanente, stress, solitude et impossibilité de vivre librement une relation affective.
Un soutien discret, parfois invisible
Face à cette situation, quelques acteurs de la société civile tentent d’agir.
Associations de défense des droits humains, groupes informels, réseaux de solidarité : tous travaillent avec prudence.
Leur action se concentre sur l’essentiel :
-Écoute et soutien psychologique,
-Accompagnement social,
-Accès aux soins,
-Sensibilisation aux droits humains.
Mais ces initiatives restent fragiles. Trop visibles, elles exposeraient aussi bien les bénéficiaires que les personnes engagées à des représailles.
Traditions, religion et regard social
Dans l’opinion publique, l’homosexualité est encore largement perçue comme une transgression.
Les discours religieux, le poids des traditions familiales et la pression communautaire façonnent une vision majoritairement négative.
Pour beaucoup, l’homosexualité est vue comme une influence extérieure, étrangère aux valeurs locales. Cette perception alimente les incompréhensions et empêche un débat serein.
Des conséquences lourdes
Vivre caché a un prix.
L’anxiété, l’isolement et la peur constante fragilisent les personnes concernées. Certaines deviennent plus vulnérables aux violences, au chantage ou à l’exploitation.
Pour d’autres, l’exil — réel ou intérieur — apparaît comme la seule issue. Quitter le pays, ou s’effacer de soi-même, pour pouvoir respirer.
L’Afrique n’est pas uniforme
Sur le continent africain, les situations sont contrastées.
Certains pays renforcent la criminalisation. D’autres amorcent timidement des réformes ou ouvrent des espaces de dialogue.
Le Togo s’inscrit dans cette dynamique régionale, influencée par les évolutions sociales, les jeunes générations et les échanges internationaux. Rien n’est figé, mais les changements restent lents.
Et demain ?
Les débats publics restent limités. Pourtant, des signaux existent :
Une jeunesse plus connectée, un accès élargi à l’information, des discussions croissantes sur la dignité humaine et la non-violence.
Ces évolutions ne garantissent pas un changement rapide, mais elles montrent que la société togolaise n’est pas monolithique.
Conclusion
Être LGBT au Togo, c’est souvent vivre dans l’ombre.
Entre la loi, les traditions et le regard social, les marges de liberté sont étroites.
Parler de cette réalité ne signifie pas contester les valeurs ou les lois. C’est reconnaître que derrière les débats abstraits, il y a des vies humaines, des parcours et des souffrances silencieuses.
Donner la parole, même avec prudence, reste un premier pas vers une compréhension plus humaine et plus apaisée.

Gide K. À propos de l’auteur(Lire ici)
Rédacteur adjoint – Blog LGBT-Togo
Auteur de Vivre dans l’ombre : politique, droits humains et minorités LGBT au Togo (2015-2025)






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